Jean de la Fontaine s’est souvent inspiré des fables d’Esope et bien des poètes, de la Renaissance à l’époque romantique du 19eme siècle, ont puisé dans les mythes universels de l’antiquité. La génération Internet du copier-coller a bien compris le parti qu’elle pouvait tirer du réseau. Tous les professeurs savent impossible un flicage constant de leurs élèves. Mais tous savent aussi reconnaître un travail trop brillant. A ce moment là, il reste possible de contrôler et de sévir contre la triche.

Certains s’assurent un petit commerce lucratif en vendant des aides en ligne aux paresseux friqués. D’autres y trouvent matière à rédiger leur thèse ou leur devoir. Ils pompent les savoirs disponibles sur le Web, avec ou sans précautions ! Ce sont 60% des étudiants de grandes écoles en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, interrogés sur le sujet qui déclarent avoir copié tout ou partie de leurs travaux sur la Toile . Mais rien de vaut cette anecdote rapportée par Marie André Chouinard dans Le Devoir, quotidien canadien du 27 mars 2004. Un professeur d’université a demandé à un étudiant de lui faire une thèse argumentée sur le plagiat et les difficultés de gérer ce problème dans les universités. Le résultat, brillant, ne dura que le temps de se rendre compte que le travail en question avait lui même été le résultat d’un plagiat ! La plupart des universités sensibilisées font passer des textes sur le plagiat et l’engagement pour chacun de résister à la facilité. Selon une note de l’Université de Laval (Canada) – retrouvée sur la Toile – vous plagiez quand vous copiez le travail d’une autre personne en totalité ou en partie; quand vous utilisez l’œuvre d’autrui (y compris à partir de sites Internet), en utilisant des passages de celle-ci ou ses idées sans en citer la source. C’est dire que distrait, pressé ou maladroit nous avons tous un jour ou l’autre plongé dans le plagiat, mineur dans la grande majorité des cas. Il y a l’autre plagiat, conscient, délibéré, malhonnête, qui emprunte des passages entiers de livres et qui ne cite jamais les sources qui inspirent une prose dont le prédateur fait parfois commerce. Pour ceux là, la perte du diplôme ou la déchéance des droits d’auteur (qui n’est pas prévue par les textes) sont des risques qui devraient inciter à plus de prudence à défaut de plus d’honnêteté. Quant aux auteurs, ils défendent farouchement – et pas toujours aimablement- ce qu’ils considèrent comme leur chasse gardée. Ils sont très vite convaincus, dès que l’on s’exprime sur un sujet où ils ont quelque expertise, qu’ils sont pillés plutôt que d’admettre qu’ils ne sont pas les uniques serviteurs de la pensée inventive et prospective. Je puis en témoigner. Inventeur du concept de l’entreprise virtuelle vers la fin des années 80, j’ai pu mesurer que la concurrence des idées était bien aussi âpre que les autres. Je n’ai dû ma sérénité qu’au fait d’avoir considéré que mon travail s’inscrivait dans une logique de constitution de biens communs mis à la disposition de tous les publics. Aujourd’hui, plus de 52 pays sont à l’origine des téléchargements de mes livres sur mon site. Faut-il dramatiser ou s’adapter !? Pour ma part, s’il y a déclaration des sources, je n’y vois pas triche. Par contre, je suis furieux de découvrir que l’on a délibérément emprunté des extraits de mes ouvrages pour des thèses ou autres publications sans citer la source (c’est arrivé). Mais je le serai encore plus si l’ouvrage ou la publication en question faisait l’objet d’un commerce quelconque. En matière de droits d’auteurs, c’est la frontière à ne pas dépasser : il n’y a plus emprunt et utilisation de connaissances, il y a détournement de propriété. La frontière entre libre trafic et échange des biens de connaissances est situé au moment où on utilise ce matériel pour le commercialiser. Mon don aux biens communs est détourné. Il est remis sur le marché sans mon autorisation. J’attends des étudiants qu’ils soient honnêtes sur ce point. En réalité, je les attends sur la solidité de leurs méthodes de travail, la clarté de leur analyse et de leur démonstration en leur confiant des travaux qui ne sont pas la nième répétition d’un problème archi ressassé. Trop souvent la paresse de certains enseignants dans la recherche de sujets originaux favorise la tentation, surtout lorsque l’encadrement est déficient. Les élèves laissés à eux mêmes dans ces travaux sont une majorité. Ce qui est regrettable. C’est comme de laisser un élève ébéniste devant un travail à réaliser en considérant que les machines mises à sa disposition suffisent à lui apprendre son métier : « un bon outil ne fait pas un bon ouvrier » disaient nos anciens. C’est vrai aussi des immenses possibilités offertes par les savoirs en ligne sur la Toile. Le déficit d’accompagnement méthodologique de nos étudiants est un scandale dont s’affranchissent facilement les biens pensants. L’important est ailleurs. Il est dans la façon dont ils utilisent les informations mises à leur disposition pour en obtenir un « savoir transformé » de meilleur qualité ou qu’ils émettent des critiques pertinentes sur les travaux dont ils s’inspirent. En cela, sans le savoir toujours, ils s’inscrivent dans la philosophie des « biens communs ». Ils utilisent des savoirs qui doivent rester ou devenir universels pour en tirer un parti supérieur à ce qu’ils empruntent. Voilà le défi de nos étudiants et de nos chercheurs : tirer le meilleur parti des savoirs qui sont mis à leur disposition. En d’autres termes, faire preuve d’une activité inventive !

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