image 1 (277)Voyez ce dépanneur système. Il vient de découvrir le code anomalie qui bloque votre application. Il ouvre Google. Il tape le nom du code d’erreur. Plusieurs forums de discussions lui sont proposés qui parlent du problème rencontré. Il parcourt rapidement quelques contributions sur un ou deux forums pour faire son choix d’un lien vers un téléchargement du driver (applicatif assurant la compatibilité fonctionnelle entre équipements et logiciels) qui manquait pour que votre configuration fonctionne normalement. Test. Ça fonctionne. Durée : un quart d’heure. Il a été efficace car il a plongé dans une base de savoirs mise à sa disposition dans des espaces de discussions réunissant des communautés d’informaticiens selon des marques, des équipements, etc… On trouve dans ces réseaux savants tout un ensemble de réponses types à des problèmes déjà rencontrés plusieurs fois par des utilisateurs sur des applications ou des techniques spécifiques. Des moteurs de recherches et des aides plus ou moins sophistiqués facilitent la recherche de la solution déjà enregistrée dans une base quelconque. A défaut, il ne reste plus qu’à solliciter l’intervention spécifique de techniciens de la marque mais aussi d’utilisateurs expérimentés qui ne manquent pas de vous fournir, toujours grâce au réseau, des informations précieuses en cas d’embarras. Cette histoire illustre la banalisation des coopérations d’un réseau d’experts d’une part, et l’utilisation des patrimoines de savoirs, d’autre part. Cette cohabitation se banalise pour intéresser tout le monde. Le grand public connaît les numéros verts, les numéros de plateaux d’appels qui sont susceptibles de leur apporter divers services d’assistance. Pas une grande entreprise, une collectivité territoriale, une administration qui n’envisage de lancer son portail destiné à mieux informer et anticiper les demandes de leurs employés ou des concitoyens. Ces services sont le plus souvent gratuits parce que compris dans des offres plus globales. Mais c’est loin d’être toujours le cas. Le savoir « on demand » a un coût. Il a donc un prix. Google propose un système payant de questions /réponses, answers.google.com. Il suffit d’envoyer un courriel à cette adresse avec sa question. Le temps de boire un café et, toujours par courriel, vous recevez la réponse attendue. Le prix unique est de 2,5 dollars. Les trois quart de cette somme vont servir pour rémunérer les chercheurs et autres intervenants ayant acceptés de répondre aux questions posées. La bagarre sur la commercialisation des savoirs commence. L’enjeu est important. Selon les derniers chiffres de Nielsen/Netratings, la recherche d’information sur le Web auraient augmenté de 55% entre les mois de décembre 2004 et 2005, passant de 3,3 milliards de recherches mensuelles à 5,1 milliards. La concurrence n’a pas tardé à réagir. Yahoo propose « Yahoo-Answers ». Un site sur lequel ce sont des internautes qui répondent aux questions posées par les visiteurs. Bref, un système communautaire de questions-réponses constituant ainsi un webring de connaissances. Les internautes peuvent donc poser leur question, et la communauté savante y répond. Le tout reste disponible en ligne pendant 14 jours[1]. Google relance le challenge avec Google Base qui va permettre aux internautes savants de vendre du contenu à valeur ajoutée, des services et des compétences en ligne. Avec cette dernière application nous avons l’illustration de l’émergence d’un outil de transaction des savoirs par et pour les particuliers. Affaire à suivre, à suivre avec d’autant plus d’attention que les innovations en matière de commercialisation des savoirs, représenteront à terme une expérience inestimable pour l’entreprise et le pays qui en ferait un modèle économique.

 

Mieux exploiter les patrimoines immatériels

cerveaux2On peut sans difficultés imaginer l’importance des sommes économisées si chaque entreprise devait financer pour son propre compte l’ensemble des connaissances intéressant son métier. Média-Coach l’a bien compris. Depuis plus de 20 ans, Média-Coach contribue à améliorer la performance de grandes chaînes de détaillants du Québec. C’est du savoir-faire qu’elle rend accessible aux entrepreneurs indépendants. Selon son président, Daniel P. Baril, « Les commerçants indépendants n’ont pas toujours les ressources pour s’offrir les services de conseillers stratégiques. Ils gèrent leur commerce par essais et erreurs jusqu’à ce qu’ils trouvent une recette gagnante ou qu’ils ferment leurs portes. Malheureusement, dans les cinq premières années d’opération, 80% des commerçants disparaissent. Detaillants.com a donc été créé pour aider les commerçants à se doter des mêmes outils que les grandes entreprises et pour partager leurs expériences avec leurs pairs. » En devenant membres de detaillants.com, les détaillants ont accès à l’ensemble des ressources disponibles sur le site. Ils peuvent télécharger un logiciel pour créer leur plan d’affaires, des guides de formation, des formulaires d’évaluation de la performance, des manuels d’opération génériques, etc. Ils peuvent aussi y lire des articles écrits par différents collaborateurs experts en vente au détail, sur le marchandisage, marketing, financement, gestion des stocks, gestion du personnel, etc. À partir du forum privé, les membres peuvent développer des relations d’affaires, vendre ou acheter un commerce ou simplement partager leurs idées avec d’autres commerçants. En France Entreprise Facile s’est lancée dans une démarche similaire. Ces initiatives concernent un nombre croissant de corporations professionnelles. Des alliances se constituent afin de mutualiser la matière grise.

Reseaux savants

Ces alliances coopératives ne sont pas sans rappeler la constitution des rues ou des quartiers spécialisés d’autrefois. Le quartier des minotiers est devenu un webring[2] dédié à la profession des boulangers, la rue des marchands de vin est devenue un réseau dédié aux professions du vin avec Vinea. Ainsi les quartiers d’autrefois deviennent, sur les réseaux, des communautés de savoirs qui échangent intensément. Une tendance devenue indispensable compte tenu de l’extrême dilution des informations, des savoirs circulant sur le web[3]. Ce type d’organisation abaisse le seuil de retour sur investissement en permettant à plusieurs entreprises de « piocher » à la demande dans les ressources de connaissances offertes. Le réseau savant devient une agora où se traitent et s’échangent savoirs et informations contre monnaie ou sous forme de trocs. Chacun vend ou échange ses méthodes, ses solutions. Des logiciels, des simulations, des recettes, des tableaux de bords, des suivis de marchés sont autant de produits mis sur les étagères virtuelles de ces portails. Ces réseaux savants déjà très actifs depuis des années dans le secteur de l’informatique, de l’automobile et de la santé, deviennent de véritables réseaux d’experts professionnels. Au demeurant cette orientation est devenue obligatoire pour la plupart des entreprises ou des métiers qui travaillent en forte interdépendance les uns des autres. Ohmae_Geographie_secreteSelon les acteurs en cause, ces réseaux savants composeront un écosystème socioprofessionnel initié par une entreprise, une cité ou encore une région donnée qui en fera un instrument de sa stratégie d’attractivité et de développement économique. Une démarche similaire à la constitution des « Systèmes Productifs Localisés » ou SPL promus par la Datar[4]. Mais alors que les SPL structurent la mutualisation des ressources dans le cadre de pôles régionaux, les réseaux savants sont organisés par filières de compétences : transversales et transnationales. Cette dernière option plus ouverte à priori  favorise l’achat, le troc de prestations et la mutualisation d’expertises dans un contexte de filières professionnelles sans frontières. Ces réseaux savants à l’exemple des réseaux de e.santé, de la sécurité aérienne ou de la surveillance météo, deviennent des générateurs de services à valeur ajoutée et  ont pour caractéristique de renforcer les polarités économiques. Telle région ou telle nation en mesure à l’avenir d’associer sa notoriété à des sources, à des plateformes de connaissances spécifiques, innervant les territoires les plus vastes, se dotera d’un outil d’attractivité pour ses universités et ses centres de recherche et levier de création richesse locale pour celles de ses entreprises qui y seront associées. Il appartiendra désormais à chaque région du monde de s’attacher à dominer un ou plusieurs portefeuilles d’activités afin de préserver sa capacité à créer de la richesse vive locale.

Pour en savoir plus sur les réseaux savants dans l’histoire


[1] http://answers.yahoo.com/

[2] Un webring est un « anneau » ici de compétences

[3] Le Cityzendium est un projet américain destiné à favoriser la diffusion des connaissances en rapprochant des experts les plus divers de citoyens curieux d’acquérir des savoirs nouveaux[3]. On reconnaît l’idée générale de faire travailler des gens en mode coopératif mais en quittant l’anonymat pour favoriser la construction de groupes d’experts sur un sujet donné. Là encore on retrouve aussi l’idée de « l’anneau de compétences » ou webring. On remarquera que les interventions sont considérées comme des « donations » qui sont, par nature, sujettes à évoluer compte tenu de l’obsolescence des connaissances ou expertises mises en ligne.

[4] Etude Atlas des Régions par Enjeux les Echos Régions de 1999. Sous le titre « Réseaux d’Entreprises et Développement Local » les experts de l’OCDE, ont réalisé à la fin des années 90 une étude sur les Systèmes Productifs Locaux qui a sans doute grandement contribué à la prise de conscience par les pouvoirs publics français de l’importance croissante du rôle que jouent désormais les grappes d’entreprises  organisées en réseaux.

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