image_previewSelon l’OCDE, les entreprises françaises ne parviennent pas à se maintenir à la hauteur de la progression de la demande du marché mondial. Les déficits augmentent mais surtout ils augmentent avec des pays qui sont en plein développement et qui devraient nous acheter plus de services ou de marchandises. L’écart de croissance se creuse avec nos partenaires et un gouffre s’agrandit qui nous sépare des pays en croissance rapide comme l’Inde et la Chine. Un écart dangereux qui s’appuie sur une économie « low cost » à laquelle nous sommes insuffisamment préparés et qui est terriblement handicapante pour nos entreprises. Dans ce contexte, lorsque le marché intérieur de ces régions devient très demandeur, les entreprises européennes sont obligées de se mettre aux standards du pouvoir d’achat local en se délocalisant sur place. La stratégie de réduction des coûts est universelle. Nos usines ou nos services se heurtent à cette dure réalité : comment résoudre, comment contourner un tel problème ? Ce sera par la marchandisation de nos idées, de notre R&D et la commercialisation de nos talents, de nos savoirs, puis en envahissant, nation conquérante, les marchés des services en ligne, un autre empire en devenir, numérique et ouvert cette fois. Saurons-nous y prendre une place méritée ? image 1 (6)Hypnotisés par les magnifiques taux de croissance de la zone Asie, tétanisés sur nos vieux réflexes des gains de productivité,  nous ne prenons pas garde aux évolutions majeures des marchés en ligne et sans frontières. Rien que le marché de la formation en ligne représente des milliards d’euros. Si nos entreprises, nos écoles et nos centres de recherche n’investissent pas suffisamment dans leur présence sur la Toile, si notre pays ne sait pas se préparer à faire face à la concurrence des biens et des services numériques, si nous ne prenons pas ce chemin de l’économie numérique avec suffisamment de détermination et d’objectifs précis, alors nous n’existerons pas. Nous ne bénéficierons pas de la prodigieuse croissance de la netéconomie et des biens numériques déjà bien supérieure à toutes les autres. Nos futurs gisements de croissance sont dans un gigantesque artefact qui forme déjà une terre numérique, virtuelle où s’agite une société de plus d’un milliard d’individus et le double sans doute dans moins de dix ans. Un formidable marché des services en ligne alimenté par des réseaux savants, parcouru de motivations et d’aspirations qu’il convient de décrypter pour s’y faire sa place. Car si notre patrimoine immatériel est proprement gigantesque, savons nous le faire fructifier!? Avons-nous en France les postures intellectuelles et les organisations convenables pour tirer parti de notre créativité, de notre inventivité? Sommes-nous capables de faire fructifier nos connaissances et faire de nos réseaux savants les précurseurs de nos exportations?

Je viens de parcourir un ensemble de documents qui présentent une multitude de projets susceptibles d’être soutenus par le fonds spécial de développement de l’économie numérique d’un montant de 2,5 milliards d’euros. Dans leur grande majorité, ils ne mettent l’accent ni sur la création d’activités, ni sur la création d’emplois. J’espère qu’ils iront au panier ! L’Europe, la France y compris, achète de plus en plus ce qu’elle n’invente plus ou invente moins. Un signal préoccupant car il s’accompagne d’un ensemble d’autres indices. Cela va de la perte d’influence des industries et des activités de services à haute valeur ajoutée dans l ‘économie mondiale au fait que nous sommes des inventeurs qui ne savons pas tirer parti de nos innovations. Notre offre déficitaire ne concerne pas uniquement les produits mais aussi les services, alors qu’aux Etats-Unis on invente en permanence des modèles économiques nouveaux, grâce notamment à l’effet internet. Dans une étude récente, l’Insee note que 12% des entreprises de services déclarent avoir innové en 1999 et 2001. Résultats bien trop insuffisants face à un compétiteur américain qui investit un budget trois fois et demi supérieur pour le développement de son secteur tertiaire. La France du XXIe siècle ne crée pas assez de valeur et donc d’emplois dans les nouveaux secteurs d’activités. D’où ce paradoxe que nous investissons moins dans ce secteur en croissance (qui représente pas loin des deux tiers de notre PIB) que dans le secteur industriel. Nous trouvons ici une explication supplémentaire à la domination des plateformes américaines de services en ligne. Notre nation est classée par l’OCDE au 19ème rang mondial en matière de croissance sur Internet. Faute d’investisseurs nous risquons de passer à côté de la formidable mutation économique en cours. Le développement de l’économie immatérielle modifie substantiellement la manière de produire et de penser les services. image 1 (336)Avec Netbrain, j’insistais sur l’importance d’une révolution économique qui nous oblige à promouvoir nos idées et à savoir vendre, justement, nos services en ligne en envahissant cette planète numérique. Les français devront choisir entre une attitude tournée vers de vieux réflexes précautionneux consistant à multiplier les études ou passer à l’action en soutenant les projets d’entrepreneurs qui n’attendent qu’un minimum de soutien des pouvoirs publics pour se déployer. D’ailleurs cela pose la question de savoir, outre la nécessaire clarification de ses orientations prioritaires, comment la tutelle de l’Etat doit évoluer pour libérer les initiatives privées. Nous avons actuellement davantage besoin de trouveurs que de chercheurs plutôt que d’ajouter des projets de recherche à des projets de recherches. Durant les dernières années j’avais été frappé de constater combien le succès de l’économie américaine en matière de services en ligne tenait au soutien des entrepreneurs par leur secteur financier. De fait en encourageant et en soutenant les trouveurs, nous devons « mettre le paquet sur le D de développement plutôt que le R de recherche! »

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