Si la bibliothèque du Congrès à Washington reste l’une des plus grandes du monde, la bibliothèque de Pékin est devenue sans doute la plus spectaculaire avec un investissement de 150 millions d’euros pour le seul bâtiment. De Paris à Harvard en passant par Santa Monica, Berlin, Londres, Zurich ou Lausanne, et j’en passe, c’est à qui aura la plus belle réussite architecturale et la plus imposante des bibliothèques. Dés l’antiquité les Cités se prévalaient de la richesse de leurs bibliothèques. De celle de Babylone à celles des villes européennes de l’époque, les bibliothèques participaient au prestige et à la notoriété des cités. Une ambition réactualisée avec la prise de conscience de l’importance des patrimoines culturels, immatériels, des savoirs contenus dans les livres. Désormais, alors que la numérisation des ouvrages modifie la nature et les missions des bibliothèques, la question n’est plus simplement de numériser les fonds documentaires mais d’utiliser les patrimoines numériques pour gagner en notoriété et en attractivité. Mais ces fonds numériques sont-ils fiables !?

L’édition va favoriser la diffusion des savoirs

bibliosAvec Gutenberg, l’imprimerie va faciliter la constitution des bibliothèques et la diffusion des savoirs. La mémoire se couche sur du papier. Ce qui va permettre des échanges de connaissances entre les différentes communautés des savants dans le monde. La Chine de Marco Polo, plus tard le Japon et d’autres contrées, vont s’échanger des informations capitales pour faire évoluer leurs procédés de fabrication du papier, de la poudre, des feux d’artifice, des architectures militaires, des modes de construction des bateaux, etc. Les communautés des copistes perdent l’avantage du livre écrit au bénéfice de l’imprimerie en plein essor dans les années 1500 (Gutenberg 1394/1468). Un succès tel que François 1er publie, sous la pression de la confrérie des copistes, une interdiction d’imprimer à Paris heureusement sans suite. Un réflexe que nous retrouverons des siècles plus tard chez les éditeurs désorientés par l’irruption des objets numériques et qui tenteront de limiter ou de canaliser la distribution électronique. Les ouvrages scientifiques apparaissent dans plusieurs langues élargissant l’accès aux connaissances à des communautés nouvelles. Cette standardisation du livre facilitera la démocratisation des savoirs et la constitution d’importants fonds universitaires qui deviennent des lieux de l’accumulation des savoirs. Les étudiants pouvaient d’Hambourg à Prague en passant par Paris ou Florence disposer des meilleurs professeurs et comprendre les lois et autres écrits qui circulaient dans toute l’Europe. A l’instar d’Alexandrie, de Florence, de Hambourg ou de Montpellier en d’autres temps, les villes universitaires sont renommées car elles ont encouragé la constitution d’importants fonds documentaires ce qui favorise la création d’une industrie locale d’impression mais aussi les métiers de documentaliste, les bibliothèques pouvant contenir plusieurs dizaines de milliers de volumes à l’exemple de la bibliothèque ducale de Wolfenbütttel. Autre retombée, les échanges entre les universités des régions d’Europe nécessiteront des traducteurs qui vont en cette circonstance se porter en première ligne. La traduction va d’ailleurs jouer un rôle considérable dans la diffusion des connaissances en obligeant les langues à se normaliser avec le développement des dictionnaires. Les réseaux de scientifiques se forment dans toute l’Europe et au-delà, à l’exemple du réseau savant de Martin Mersenne, favorisant les échanges entre penseurs. Le livre plus compact, plus léger, plus petit, devient un véhicule de plus en plus aisé à utiliser pour le profane, de la même manière que la Toile quittera quelques siècles plus tard le cénacle des chercheurs branchés pour devenir un instrument utilisé par tous. La propagation des idées et des connaissances peut désormais connaître un essor sans précédent connu. Cet avènement vient à point : Le besoin de se former et de développer ses connaissances est la première raison donnée par les français, (66%) d’utiliser un ordinateur[1]. Désormais, l’enjeu pour les nations sera de mieux valoriser leurs actifs immatériels mais aussi de le distribuer dans les meilleures conditions.

Garantir la fiabilité de son fond numérique pour devenir un phare de l’E.Science

biblio numérique La sédimentation des connaissances soigneusement accumulées et transmises par les clercs aura permis à des régions du monde d’être considérées comme des « phares » de certaines civilisations. Pourtant, rares encore les villes qui ont compris l’importance d’investir dans des bibliothèques numériques capable de devenir une balise dont le rayonnement attirerait les internautes du monde entier. La nation mettant en ligne une bibliothèque emmagasinant la plus importante part du patrimoine sur un sujet quelconque se constitue un pôle d’attractivité qui ne peut être que bénéfique pour son économie des connaissances. Imaginons un instant ce que serait la notoriété mondiale d’une bibliothèque numérique qui ne se contenterait pas de numériser les livres mais que se doterait, par exemple, des connaissances de tout ce qui toucherait de près ou de loin aux économies d’énergie, de l’eau, etc. Mais, ne l’oublions pas, une bibliothèque qui attirerait toutes les écoles, universités ou centres de recherche mondiaux le devait à la qualité de son fond documentaire. Le monde de l’édition et les bibliothécaires contrôlaient la qualité des ouvrages. Il doit en être de même pour les bibliothèques numériques  en cours de mise en ligne ou en projets. EspaceNet, le réseau européen des bases de données des brevets, est devenue la bibliothèque technique en ligne la plus imposante au monde en matière d’information sur les inventions et les évolutions techniques. Ce site met à jour environ 15 millions de nouveautés chaque mois[2]. La fiabilité de leur travail est une garantie pour la protection du patrimoine immatériel dont il a la garde face au déluge d’information mal contrôlé sur la Toile. C’est un problème mondial. Les bibliothèques numériques modernes devront offrir une garantie de qualité pour justifier faire parti d’un réseau d’E.science. Les grandes bibliothèques mondiales ont bien compris l’enjeu. En Europe, la Ligue des Bibliothèques de Recherche (LIBER) réunit déjà plus de 400 institutions dans 40 pays. Elle constitue, grâce à la mutualisation de leurs ressources, un des plus grands réseaux mondial de e.Science mis à la disposition des enseignants, des chercheurs et des étudiants. Mobilisé afin de préserver les patrimoines immatériels de la recherche publique et la mémoire des innovations, LIBER ambitionne d’être la référence des sources de l’information scientifique numérisée. Pour les dirigeants de Liber, la planète Gutenberg et la planète numérique sont condamnées à s’entendre pour continuer à contrôler la qualité des données mis à la disposition des chercheurs.

Pour en savoir plus : http://liber.library.uu.nl/

Re-inventing the library. The challenges of the new information environment,  2 July 2010


[1] Enquête CSA-Opinion, « Les Français et l’utilisation des micro-ordinateurs » de juin 2003

[2] http://www.espacenet.com/index.fr.htm

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