Image1Une population d’actifs mal connue, mal soutenue, qui incarne le post salariat. Les micro-entreprises (zéro salarié) ou les Très Petites Entreprises (moins de dix salariés) en majorité installées en province103, représentent plus de la moitié des salariés et l’essentiel des activités dites libérales (travailleurs indépendants, commerçants, entreprises unipersonnelles, entreprises sans employés). Avec 54,9% des effectifs salariés, elles représentent le segment qui a constamment continué à embaucher durant les dernières années104. Mais ce sont aussi des organisations mal cernées : l’agrégat des métiers indépendants hors salariat (19,2% des personnes travaillant dans la CE et 10% de la population active en France) ne comprend pas les propriétaires exploitants. Par exemple, aux Etats-Unis, lorsque l’on inclue les propriétaires d’entreprises dans les travailleurs indépendants  leur nombre augmente d’un tiers environ. La tendance relevée par l’OCDE, dans la cycle économique des années 1979-1990 est celle d’une croissance relative des indépendants en Europe mais avec des résultats très inégaux selon les pays, la France en perdant plutôt pendant la période.

Cette progression est la conséquence structurelle du glissement du travail salarié vers le travail indépendant. Une partie de ce mouvement est incontestablement due aux compressions du personnel des grandes entreprises, aux nouvelles précarités du monde salarié, mais aussi pour compenser la baisse de revenus des familles. En Angleterre, 50% des nouvelles entreprises l’ont été par des personnes de plus de 50 ans105. S’il ne faut pas pour autant sous-estimer la volonté d’indépendance de nombreux micro-entrepreneurs, beaucoup de ces indépendants redeviendront des salariés à la première occasion. Cela se traduit pour certains des cyberentrepreneurs par une recherche de revenus de complément plutôt que de créer son propre emploi. Nous devons garder à l’esprit que cette recherche de revenus de complément, (parfois par des seniors qui n’ont pas eu de bonnes conditions de retraites), si elle contrarie l’idée d’une migration franche entre différents statuts de travailleurs, montre aussi que l’on peut créer sa micro-entreprise en ligne tout en restant salarié dans son entreprise. Ce que confirme notre enquête auprès des créateurs de services en ligne et l’analyse de François Hurel, délégué général de l’Agence pour la Création d’Entreprise (APCE), qui souligne « l’engouement pour de très petites structures, très souples caractérisant le développement en France de la notion de « self employment » déjà très ancrée dans les pays anglo-saxons ». « On crée ainsi son propre travail, que l’on cumule parfois au début avec un emploi salarié. L’idée que l’on peut exercer plusieurs activités différentes dans sa vie est en train de faire son chemin ».

Image4Les canadiens estiment que 25% des télétravailleurs de l’an 2000 seront des télétravailleurs autonomes. Chantal Cumunel, Présidente de l’APEC, les désignaient comme des « salariés libéraux » dans le « Travail au XXIè siècle »109. La croissance et la réussite de ces populations généralement fragiles dépendent du seuil des charges et du terrorisme intellectuel des organismes institutionnels qui, au lieu d’aider et soutenir les initiatives individuelles, les brident plutôt. Extrait d’une forum du 28 février 1999 : « Il y a quelques mois, songeant à créer ma propre affaire, mais hésitant à abandonner mon emploi salarié pour me lancer de but en blanc dans l’aventure, j’ai voulu me renseigner pour savoir s’il était possible de démarrer une activité tout en gardant une activité salarié, en accord avec mon employeur. Je me suis rendu compte que cela était possible, mais que dès la déclaration de début d’activité, et quel que soit le chiffre d’affaires réalisé, l’URSSAF exigeait le paiement d’environ 20 000 fr de cotisation. Par ailleurs j’ai lu sur un forum qu’une loi était prévue, devant être votée en janvier, pour assouplir cette formule, en n’obligeant pas une personne salariée de cotiser en plus au régime des travailleurs non salariés si elle démarrait une autre activité. Quelqu’un sur ce site (fr.biz.teletravail) a-t-il eu connaissance de cette information et surtout quelqu’un aurait-il des nouvelles à propos d’une telle mesure ? » Nous ne sommes pas sûrs que cette personne ait les bonnes informations. Mais qui va les lui donner ? Les fonctionnaires en charge de répondre aux questions qui se posent pratiquement tous les jours à ces entrepreneurs ne fréquentent pas les forums de discussions d’Usenet. Des réponses, qui seraient écrites, visibles, engageant et responsabilisant ceux qui les font, seraient souhaitables de la part des pouvoirs publics. Ces derniers ne pourront pas se contenter de répondre aux aspirations des cyberentrepreneurs en multipliant les rapports et en discutant de directives très générales. La société civile qui s’installe pour ses affaires sur Internet doit y retrouver les représentants des grands services de l’Etat et des réponses concrètes. L’ensemble des services de l’Etat et des Régions en charge de soutenir le développement économique et les aspirants aux affaires sur le Net doivent ouvrir des services sur Internet (qui pourront utilement se constituer en anneaux de services). Nous souhaiterions voir des représentants des services administratifs proactifs dans l’ensemble des forums dédiés aux affaires, au télétravail. Que ces services créent sur Usenet des espaces d’échanges d’idées, d’information et de savoirs touchant tous les domaines qui valoriseraient la présence française sur le Net. Bref, que ces derniers offrent avec talent leurs expertises et leurs compétences comme le font les cyber-entrepreneurs pour leurs clients !

C’est un monde à la Prévert mais sans aucune poésie.

BearaDes morceaux du mur de Berlin, des rayons de soleil, des gravures de Norman Rockwell, une lithographie de Picasso, des voitures de collaborateurs de chez Renault, de l’huile d’olive Extra Vierge, des autographes de personnalités célèbres, des livres des années 1890, des histoires cochonnes à la demande, des histoires de familles écrites pour les générations futures, des landaus dignes de jouer dans Potemkine, tout se vend ! On vend des sons, des adresses, du marketing minute, des parfums aphrodisiaques pour moins de 20 dollars. Il y a longtemps que l’on a trouvé des concurrents au viagra sur la toile. Les propositions « chaudes » envahissent même le forum dédié à Hilary Clinton. On s’y chamaille. Des généalogistes annoncent qu’une équipe de 30 bénévoles cessent de participer à des forums spécialisés pour cause de médisance, d’autres cherchent désespérément des ascendants ou des descendances. On s’y interpelle : comment devenir « tatoueur artistique » ? ! On y rit, les humoristes ont leurs fichiers d’envois et leurs forums pour faire connaître la dernière. On y proteste aussi. Sur tout et n’importe quoi, l’essentiel est mélangé au dérisoire, le cocasse au drame le plus sordide. On y flique aussi. Pour quelques dollars on vous propose des micro caméras indétectables pour surveiller vos proches, vos amis et vos ennemis à partir de votre écran d’ordinateur. Depuis plusieurs mois, la banque fondée par Henri Wells et William Fargo en 1852, diffuse en ligne une dizaine de photos de suspects en cavale. Ces braqueurs de banque et autres émetteurs de chèques en bois font l’objet de récompenses : entre 1000$ et 5000$. Un numéro 800 (appel gratuit) est proposé aux délateurs dont l’anonymat est garanti. Un anonymat que d’autres recherchent soigneusement au point de n’échanger que par des messages cryptés très impressionnants. Le cyberespace reflète bien le monde réel. Le pire cotoie le meilleur. L’abominable cohabite avec la générosité lorsqu’il s’agit d’aider un petit garçon qui a besoin d’un sang très particulier pour l’aider à lutter contre le virus HLA. Les gogos côtoient les voyous et les familles comme les individus y déploient leurs talents pour attirer le chaland virtuel, le passant que l’on essaiera de retenir par toutes sortes de techniques, par toutes sortes de tactiques. Il ne suffit plus d’être présent sur le Web, il faut inventer mille ruses pour intéresser le « cyberchaland » et gagner des clientèles. Un espace marchand d’opportunités nouvelles vient de se créer. Vous pouvez ainsi acheter des cigarettes hors taxes9, une nouvelle identité, une double nationalité, un permis de conduire, des énergisants, des dopants, des médicaments interdits ou en vente contrôlée en France ! Tout ce qui peut se vendre, se négocier, se troquer à distance est en train de s’installer sur Usenet et Internet. Des millions d’individus vont essayer d’y gagner un peu d’argent. La vrai « one to one » est en train de naître dans les « networks » du monde entier. La toile, après quelques années de résistance, a été envahie par les marchands. L’humour se vend, la surveillance est monnayée, même les façons de faire de l’argent font l’objet d’un commerce lucratif. Les régions et les pays font assaut de charme et les dames de petite vertu ne sont pas les dernières à vouloir le numéro de votre carte bleue. Bref l’imagination est au pouvoir et le désir de millions de millions de gens de gagner un peu d’argent sur le Net leur donne des ailes. Des ailes qui sont aussi françaises.

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