ghost numériqueDans le brouhaha des discours sur les datas – big ou pas – je tiens à revenir sur un aspect du « droit à l’oubli »  dont j’ai parlé dès 2001 et qui semble échapper à beaucoup; la faible fiabilité des données: les données fantômes. Saviez vous que le manque de fiabilité des informations et des données des documents de maintenance de l’armée américaine aurait conduit à de nombreux accidents ? Ce n’est pas un cas exceptionnel. La très grande majorité des contenus des banques d’information, commerciales ou administratives est erronée, entachée d’erreurs parfois grossières et dangereuses à la fois pour ceux qui les utilisent et pour ceux qui font l’objet de fiches ; identités erronées, délits imaginaires, dettes inexistantes ou qui ne les concernent pas…. L’organisme américain « Public Interest Research Group » (PIRG), en contrôlant les bases d’information de quelques officines spécialisées dans la vente de fichiers, a découvert que 90% des fichiers étaient inexacts ou mensongers. Fichiers que toute entreprise peut acheter sans que les personnes intéressées puissent contrôler la véracité des données saisies.

Ghost numériqueCette obsolescence des dossiers numériques était prévisible. Pourquoi ? Parce que la mise à jour des fichiers est devenue très onéreuse à cause des contrôles qualité et des nécessaires recoupements dus à leur multiplication, d’où une carence inadmissible de leur fiabilité. J’ai pu personnellement faire l’expérience désagréable de ce type d’erreurs et je ne dois pas être le seul. Cela ne va pas s’arranger avec la multiplication des identités numériques et ses dérives. Que l’on ne s’y trompe pas. Si les capacités d’intrusion et de recoupements des systèmes informatiques ne cessent de faire des progrès, les internautes inventent tous les jours des façons de les tromper. Noms déformés, dates volontairement erronées, adresses volatiles, etc. De plus en plus nombreux sont ceux qui, agacés des pratiques des grands réseaux, n’hésitent plus à se créer des fausses fiches d’identification afin d’échapper, au moins en partie, au regard du big brother. Ce qui ne facilitera pas les croisements et les contrôles dans les fichiers. Un problème qui va devenir de plus en plus préoccupant, car si la CNIL encadre les déclarations de l’existence de ces fichiers, elle n’a aucun pouvoir de contrôle sur la qualité et la fiabilité de ses contenus. Parfois même cela amène certaines entreprises – et institutions ou administrations – à utiliser cet argument pour multiplier les demandes de croisement et le caractère inquisiteur des questions posées. Il suffit d’être postulant à un logement pour en avoir une idée concrète ! Le caractère sédimentaire des informations recueillies au fil des années devient la source même de biais nombreux et de risques d’informations erronées, de mélanges entre personnes ou entreprises.

Alors que faire pour limiter l’effet pervers d’une mémorisation totale où les datas sont entachés de fantômes de vie ? ghost dataUne étude de l’OCDE aboutit à cette conclusion que l’obsolescence de l’information s’établit au bout d’une durée de sept ans. Comme en 2001, nous proposons que ce délai devienne celui au delà duquel une base de données, qui ne ferait pas l’objet de mise jour régulière, n’est plus suffisamment fiable et doit être remise à zéro. Dans ce cas, une mise à jour annuelle se fera par effacement des données enregistrées durant la septième année passée sans pouvoir les réinscrire sauf à avoir été vérifiées. De même nous proposons que les utilisations de données ou d’informations dépassant ce délai soient interdites par les entreprises commerciales, sociétés de crédit, banques. Qui n’a pas été dérangé par des téléprospecteurs sur la base d’indications erronées ?

Seuls les journalistes professionnels, les officiers de police, les hommes de lois et historiens et autres professions accréditées comme celles en charge des dossiers médicaux, auront le droit d’utiliser pour leur travail les données saisies depuis plus de sept ans. Bien sûr, nous n’avons pas la naïveté d’imaginer que cela suffira pour limiter les utilisations malveillantes ou abusives des fichiers. Mais ce droit pourra ouvrir une possibilité complémentaire de limiter l’utilisation du traçage en imposant l’obligation de datation de l’information utilisée. A notre connaissance cette obligation n’a pas encore été prévue dans la loi. A partir de là, toute personne ou entreprise qui utilisera sans précaution de vérification de datation des informations récupérées sur le Net et ayant dépassé ce délai autorisé pourra se voir obligée à abandonner toute action (commerciale, publicitaire, juridique…) s’appuyant sur ces données considérées comme obsolètes. D’une façon générale, dans la télévie numérique qui nous attend, les entreprises devront pouvoir prouver la nature et l’importance des contrôles qualité et de la fiabilité des informations utilisées sur simple réquisition d’une autorité judiciaire compétente. Cette « prescription » particulière dont on peut souhaiter qu’elle soit le fait d’un large consensus international impliquera aussi que les pouvoirs publics prévoient la création d’un organisme spécifique ou la modification des missions d’un organisme existant comme la CNIL.