A première vue, cela surprend, dérange ou amuse. Puis, à y bien réfléchir, la comparaison n’est pas si farfelue que cela. Pour qui se promène régulièrement dans les champs, visite les malades, les appartements insalubres, navigue dans des airs pollués, les chances de ramener un aouta, une puce, une allergie ou une simple angine ne cessent de grimper. De même, celui qui trafique énormément sur la Toile, va vagabonder un peu partout, télécharge à partir d’un ordinateur mal protégé, a toutes les chances d’attirer au mieux quelques codes malicieux et indiscrets, au pire, un vilain virus qui ramène votre ordinateur à l’âge de pierre, vous laissant au bord du désespoir si vous n’avez pas pris la précaution de sauvegardes régulières.

De même que nous, les êtres humains, sommes couverts de bactéries qui sont aux aguets pour nous déclencher un vilain rhume au moindre coup de froid, ou encore de sacrés désagréments digestifs, nos ordinateurs sont désormais assaillis de codes qui disent l’état de santé de notre ordinateur puis le transmettent à des gens et des systèmes informatiques parfois malveillants. Il faut savoir que ces virus, ces « malwares », ces spywares, ces applications bidonnées que vous téléchargez par curiosité souvent, représentent plusieurs milliards de parasites et de virus circulant dans la Toile, toujours à la recherche de l’ordinateur ou du système informatique à infecter. Nous voilà devant un problème prophylactique très similaire au processus d’une infection qu’il s’agit de contenir ou de prévenir pour en éviter la propagation. Nous sommes désormais immergés dans une soupe numérique où les occasions de choper une saloperie sont constantes. Pour cela la nature nous a donné un métabolisme en mesure de résister à certaines infections, soit par la protection de l’épiderme, soit par des globules morphales qui sautent sur les mauvais visiteurs pour les avaler avant qu’ils ne fassent des dégâts. biopuce contre les virusPour autant, toutes les protections que la nature a donné au corps humain durant des millions d’années ne suffisent pas. Atchoum ! Nos informaticiens ne feront pas mieux alors que notre espèce se voit projeter dans un univers numérique où s’incarne notre corps virtuel et ses multiples activités dans les mémoires de nos ordinateurs. Nous devons subir les mêmes avanies. La santé de notre corps immatériel, de notre espace virtuel, de notre ombre numérique, reste soumise à la rencontre possible avec un de ces parasites, un de ces virus qui circulent quasiment sans contrôle sur Internet. Même bien informé, le fait d’utiliser un outil logiciel – sérieux – de diagnostic, ne vous met pas vraiment à l’abri de l’invraisemblable quantité de petites lignes de codes malveillants, voyeurs, manipulateurs installés à votre insu sur votre ordinateur. Peut être un jour verrons nous des hébergeurs les traquer dés leur arrivé dans un espace numérique donné. Une sorte de frontière prophylactique qui complèterait leurs offres et les protections installées sur nos ordinateurs personnels contre un voyeurisme malsain. Toujours aussi naturellement, il se trouvera toujours un petit génie du mal pour créer quelques dégâts plus ou moins importants. Dans la décennie à venir nous allons constater une méfiance progressive envers les applications réseaux consécutives à la multiplication des incidents et des accidents dus à l’usage des objets connectés. Ceci explique pourquoi, je crois, nous allons voir se renforcer un « contrôle des frontières numériques », à l’image de ce que font les chinois pour protéger leurs ressortissants des systèmes d’exploitation des monopoles numériques étrangers, comme l’avait d’ailleurs déjà tentée l’ancienne URSS lors de la guerre froide. Reste que la majorité des internautes, par ignorance, sous prétexte qu’ils « n’ont rien à cacher », qu’ils ne visitent pas des sites moralement discutables, oublient un peu vite qu’une vilaine grippe – comme un vilain virus informatique – peut s’attraper même en vivant sainement.