Sous la triple influence de l’importance croissante de l’économie immatérielle, de la numérisation des contenus et de la prolifération des réseaux, un cocktail socioéconomique explosif est en train de bouleverser bon nombre de nos référentiels traditionnels, notamment économiques. La crise «aidant» un nouveau cycle «éco-efficient» prend le relais des cycles de croissance traditionnels.

DOUZE ÉVÉNEMENTS MAJEURS CHANGENT LE MONDE DE L’ENTREPRISE & LE MONDE DU TRAVAIL

  1. La numérisation du monde et de l’éco-efficience : Recherche d’efficacité et de productivité globale des écosystèmes pour faire l’économie des ressources matérielles (liens intranet/extranet/internet). Explosion des biens numériques et des applications de la simulation pour économiser des ressources matérielles. Les entreprises qui investissent sur le e.Commerce pour économiser du capital ont améliorés leur marge de façon spectaculaire.
  2. Une économie du lien donnant un rôle majeur à l’économie de « basse intensité » qui a modifié la notion de zones de chalandise avec l’explosion de nouveaux modèles créateurs de valeur (tontines, coop, modèles participatifs). Avec la modification de la grille de Porter l’accès aux marchés en ligne (micros activités en ligne) impose l’adaptation des stratégies dans la distribution (comparaison investissements matériels /immatériels). Fort succès des marchés de niches.
  3. Fin des effets frontières et nouvelles logiques industrielles et économiques : le développement des plateformes de l’industrie et des services nécessitant une analyse permanente entre les externalités positives ou négatives engendrées par les modifications structurelles des chaines de la valeur dans les organisations. Avec les réseaux savants nous passons de la spécialisation des territoires à la spécialisation des réseaux (De la mutualisation des ressources matérielles à la mutualisation des connaissances: Le Réseau « qui sait » nouveau capital de l’entreprise et des régions.)
  4. L’économie des Idées en pointe des stratégies alors que l’entreprise passe d’une logique fonctionnelle à une logique relationnelle. Ce qui crée de la valeur n’est plus la partie physique du travail mais la composante relationnelle de l’activité de chaque opérateur humain. D’où le développement des coopérations valorisant la matière grise avec l’obligation pour les entreprises de s’échanger des savoirs aux meilleurs coûts . Les compétitions à venir se déplacent vers les capacités des organisations à inventer, mais aussi à mettre en œuvre leurs idées rapidement.
  5. Développement des Industries de la simulation ( serious games) et de la production « on demand » avec l’augmentation des applications de la 3D ou stéréo lithographie qui modifient les chaînes de la valeur production/stockage/transport/distribution… Les biens numériques remplacent les biens tangibles chaque fois que possible.
  6. Le Monde du travail passe d’une logique de distribution du travail à une logique de partage des compétences. L’enjeu est de passer d’une logique d’accumulation des connaissances à une logique d’intensification des échanges. Partout l’innovation est le résultat d’un travail de groupe et d’échanges d’idées ( Rémunération globale)
  7. Génération « Networkers » : L’intermédiation électronique devient dominante. Bouleversement des relations interpersonnelles et explosion des modes de travail coopératifs. Forte croissance des réseaux sociaux- professionnels facilitant l’intégration sociale et professionnelle.
  8. Fragmentation du monde du travail : Développement de l’utilisation des Savoirs « on demand ». Travail par missions, à la demande. développement du « polyactif (multijobs) et du pluriactif, du family business. Du selfemployment, Explosion de la précarité, tensions sociales permanentes.
  9. Transitions énergétiques et écologie qui vont bouleverser l’urbain et les modes de déplacements. Dans une telle perspective, les réseaux électroniques ont un rôle majeur dans les échanges avec une forte pression sur les coûts et les problèmes de la gestion et de la sécurité des circuits d’information (facturation débits et bandes passantes).
  10. Explosion des objets connectés et multiplication des problèmes importants de sécurité et de sûreté qui vont limiter leur généralisation et nécessiter l’incorporation d’d’IA (Intelligence artificielle) sophistiquées.
  11. Développement conjoint du Big data et de l’IA avec la multiplication des outils d’assistance à l’exploitation des données et la crainte croissante de devenir un client captif d’un « empire numérique » privé ou public.
  12. Forte croissance des modèles économiques économes en capital : Logique d’usage plutôt que logique de propriété. Économie du partage, Tontine,Explosion du Barter, (Troc BtoB et entre familles), locations entre particuliers. Multiplication des métiers et des offres d’usages.

netbrainConclusions : Stimulée par la crise actuelle, partout la priorité des économies modernes sera de mieux rentabiliser les ressources et les revenus disponibles. Nos sociétés utilisent les réseaux afin de substituer les déplacements numériques aux déplacements physiques, l’immatériel au matériel, les biens numériques aux biens tangibles. La numérisation permet de consommer moins de matières premières tout en produisant autant de biens et de services. Nous sommes entrés pour de longues années dans un cycle d’éco-efficience rendu possible par la numérisation du monde. Un grand cycle économique prédit par l’économiste russe Nicolaï Kondratieff. Pour lui, notre cycle actuel serait celui d’une période « gestionnaire » qui suit celle « stratégique », des années 1940-1992.

Le Monde change et notre société va vivre quatre grands phénomènes :

Nos Écosystèmes économiques ne vont pas continuer à croître ou à se relancer vigoureusement. En dehors de situations locales spécifiques dues à des percées de l’innovation exportable, ils vont s’optimiser globalement. La France, après des années de gains de croissance due à la productivité interne et à l’exportation de biens à faible valeur ajoutée va entrer en stagnation pour des décennies si elle ne conduit pas une politique de redressement de ces deux facteurs, l’un endogène : la productivité interne, et le second exogène : une politique de l’offre à l’international. Faute d’augmentation de sa productivité globale la France continuer à perdre des places sur les marchés à l’étranger, des emplois et son économie va rester en plateau pour des années sauf à trouver se diversifier dans des secteurs innovants.

La diminution de la consommation énergétique va devenir le référent majeur des sociétés du futur. Nous vivons une époque où – indépendamment de leurs endettement – nos taux de croissance resteront durablement faibles. Nous devons créer des organisations légères (administrations y compris) et réduire notre consommation énergétique dans tous ces aspects, y compris celui du recyclage. Même s‘il y est très étroitement corrélé ce facteur est bien plus important que celui des pollutions. Inscrites dans un cycle du développement durable, ce cycle éco-efficient sera caractérisé par d’intenses investissements dans les technologies de l’information et de la communication afin d’optimiser/économiser les consommations de ressources.

Le capital se concentrera sur certaines industries et activités de services à fortes valeur ajoutée plutôt que sur d’autres afin de produire de nouvelles richesses (en grande partie immatérielles, cette fois !), ce qui va déstabiliser les modèles socioéconomiques en place et engendrer de fortes tensions sociales. La diminution de l’emploi salarié et l’augmentation forte du « self employment » (auto entrepreneurs et auto emplois), celle du temps partiel et des contrats CDD marquera pour des années encore la précarité croissante des emplois et des revenus. Le choix d’investir dans la formation sera une piste essentielle pour l’adaptabilité future des travailleurs.

Le traitement social du travail souffrira encore longtemps de graves imperfections et pèsera sur la productivité française compte tenu de l’obsolescence de son modèle économique (prélèvements sur le cout du travail et non sur la valeur ajoutée) et de la résistance syndicale pour son maintien. La posture des partenaires sociaux qui défendent d’abord les intérêts des salariés en poste plutôt qu’à fluidifier la mobilité sociale et professionnelle sera et restera encore pour longtemps un frein structurel au marché du travail.

DENIS ETTIGHOFFER – ex Président Fondateur d’Eurotechnopolis Institut
(Auteur de Netbrain, les batailles des nations savantes, Dunod 2008, Prix de l’Economie Numérique)

Quelques réflexions pour les plus durs de la feuille! Stratèges, Pensez aux chiffres du futur