La société postindustrielle, de l’information est d’abord une société hyper-technologique. Qui fait peur. 79% des français croient que le progrès technique détruit les emplois. Pas mieux éclairés, 54% des décideurs pensent que le chômage est dû aux nouvelles technologies. Ont-ils, les uns et les autres, oublié les millions d’emplois créés, justement, grâce aux progrès techniques ? Faut-il rappeler cette évidence que c’est la façon dont on utilise la technologie qui fait que nous créons ou tuons l’emploi! C’est la course à la productivité qui tue l’emploi. Ce sont les entreprises mal gérées qui licencient : 55% d’entre elles n’ont pas pour autant améliorés leurs résultat.

Aujourd’hui, l’utilisation des réseaux d’ordinateurs uniquement pour faire des gains de productivité est suicidaire. D’abord parce que cela confirme les pires préventions contre les techniques et limite – c’est déjà le cas en France – leurs usages positifs dans la création de richesses et donc de nouveaux emplois. Ensuite parce que, le plus souvent, dans la chaîne des acteurs économiques, ce sont les maillons les plus faibles qui produisent les efforts de productivité et les plus forts qui empochent le résultat. Enfin, parce que, nouvelle clé de la compétitivité, le résultat se forme désormais sur la capacité à innover, concevoir et distribuer rapidement des produits et des services originaux adaptés à des marchés pointus grâce à ces réseaux d’ordinateurs.

Buro d'un cyber resistant  Avec Le « Travail au XXIème siècle« , nous avons voulu démontrer les immenses potentialités de ces Technologies de la Communication et de l’Information. Les entreprises découvrent qu’avec leurs pratiques des réseaux de télétravail en mode coopératif elles sont en mesure de développer le « B to B » : le business to business, les réseaux d’affaires entre entreprises. Un schéma qui peut constituer un substitut à l’investissement direct à l’étranger. La conception coopérative des produits et des services, ouvre des partenariats de plus en plus nombreux pour gagner des marchés nouveaux. Ce qui favorise des alliances qui vont passer de la coproduction à la codistribution. C’est ainsi que Sysdis (20 personnes) travaille à la fabrication de logiciels en coproduction avec Abacus en Suisse, Powerflex en Australie et Data Access aux Etats-Unis, en s’appuyant sur les télécommunications. Chacun des partenaires fait son affaire de la commercialisation sur sa zone d’influence. Aussi faut-il s’attendre à une croissance régulière des réseaux d’ordinateurs pour faire des affaires entre entreprises. Au point que nombre de celles qui ne seront pas équipées et familiarisées avec ces réseaux ne seront même plus en mesure de se développer, de rester sur leur marché. Un chef d’entreprise parlant des réseaux d’affaires entre entreprises, craint que « si les Français n’investissent pas Internet, ces nouveaux espaces virtuels, de nouvelles frontières vont se créer, rendant plus difficile encore les capacités de nos entreprises à faire des affaires« . Message bien compris pour les Américains qui font du « cyberespace » un nouvel espace de conquêtes. Message bien compris aussi par les Japonais qui, après avoir répertorié 14 secteurs fortement créateurs d’emplois dans les vingt prochaines années, estiment que ces activités seront à l’origine de plus de 6 millions d’emplois d’ici à 2010 et mettent en tête de liste… le commerce électronique !

Une propension nationale fait que pour la majorité des entreprises françaises les NTIC ne sont qu’un instrument de plus pour conduire une gestion de ses ressources la plus productive possible. Notre nation propose un modèle très attaché aux statuts et donc au statu quo. La peur des élites face à ces bouleversements se traduit dans un discours de cyber-résistant hexagonal aux techniques venues d’ailleurs, comme Internet. Nombre de dirigeants français ne considèrent pas les réseaux d’ordinateurs comme un instrument de conquête des marchés. Si les techniques ne sont pas sans défauts, le manque d’audace est pire. Et ça, tous les ordinateurs du monde n’y pourront rien.

La Lettre d’Eurotechnopolis Institut Nº 10 – Février 1997 Denis Ettighoffer

 

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