netbrainDurant ces dernières années la bataille des idées et la confrontation des intelligences entre entreprises et entre nations se sont amplifiées. Alors que nous entendons la grogne des défenseurs de la langue française, nous voyons moins les effets dévastateurs de notre absence dans le débat d’idées qui agite notre village mondial. Notre société, y compris les pouvoirs publics, ne semblent pas avoir pris réellement conscience des enjeux que représente cette bataille qui modèle nos comportements, nos façons de vivre, de travailler, de gérer nos ressources. Prenons l’exemple de l’édition, vecteur privilégié de la pensée vers d’autres cultures. Il devient quasi-impossible de faire éditer des auteurs français à l’étranger. Les éditeurs français de leur coté, se contentent de distribuer dans l’hexagone des succès anglo-saxons. Le simple coût de traduction d’un ouvrage peut atteindre entre 7623 euros (50 000 FF) et 12 196 euros (80 000 FF). Il décourage les éditeurs étrangers qui voudraient faire connaître un auteur français. Trop risqué. Ainsi il aura fallu attendre plusieurs décennies avant que les travaux de Maurice Allais soient édités aux Etats-Unis et qu’il ne reçoive le prix Nobel d’économie en 1988. Nulle part, les auteurs français d’ouvrages scientifiques, économiques ou de management ne trouvent un organisme, des entreprises ou des institutions qui accepteraient de les soutenir financièrement en finançant la traduction de leurs ouvrages. La Hollande a constitué un fonds pour soutenir la production et la traduction de ses auteurs les plus talentueux en offrant des subventions aux éditeurs étrangers qui les distribueraient. Pourquoi ne trouvons-nous pas une oreille attentive à ce problème qui va devenir crucial pour la bonne marche de nos affaires ? La France bavarde néglige gravement cette force de frappe que sont les idées, outils indispensables pour promouvoir et accentuer le rayonnement de la pensée française à l’international, dans l’espace privilégié de la francophonie. top tenEn 1993, un étudiant d’Harvard est venu chercher en France des idées sur la politique à conduire en matière de services en ligne en observant les forces et les faiblesses du télétel français. Il a rencontré à plusieurs reprises des spécialistes français pour définir ce que serait la doctrine américaine en matière « d’autoroutes de l’information », qui sera promue ensuite par le vice-président Al Gore. A l’époque, les ouvrages sur l’expérience française se multipliaient. Pourtant aucun ouvrage français sur cette expérience unique, qui a inspiré bien des politiques, n’a jamais été édité aux Etats-Unis. Voilà pourquoi, en ce début d’année 2002, mon vœu sera de voir les pouvoirs publics, les élus, prendre une initiative afin que les ouvrages des auteurs français talentueux, remarqués en France, soient enfin considérés comme une denrée précieuse à exporter. Dans une économie immatérielle, ils méritent autant d’intérêt que la croissance des exportations de nos avions ou de nos voitures – ou que la défense de « l’exception culturelle » de notre industrie cinématographique. De leurs décisions dépend désormais la puissance du rayonnement de la pensée française à l’étranger.
La Lettre d’Eurotechnopolis Institut Nº 24 – Janvier 2002 Denis Ettighoffer

 

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