La structuration en cours de l’économie mondiale sous l’influence des réseaux d’ordinateurs et ses répercussions pratiques sur les modes d’organisation restent très sous-estimées. Notre société, nos entreprises traversent une période de changements de grande envergure. Alors que dans une société anxiogène nous cherchons à nous raccrocher à des modèles tout faits, le plus dur est de sortir des clichés, du prêt à penser, du prêt à organiser. Dans les activités modernes, la répartition des ressources, des compétences et des hommes s’organise différemment grâce aux technologies de l’information et de la communication. Celles-ci permettent de modifier fondamentalement le coût des transactions et de la coopération, d’où la généralisation d’un phénomène de subsidiarité : on utilise les télécommunications afin de prendre le meilleur et le moins cher là où il se trouve. La compétitivité organisationnelle est générale : les capacités de l’homme à utiliser les technologies de l’information et de la communication pour innover dans de nouvelles formes d’organisation font désormais la différence. Un nombre croissant d’acteurs économiques tentent de trouver leur niche de prédilection et le modèle d’organisation le mieux adapté à leur marché en agissant sur des facteurs de différenciation parfois surprenants. La compétitivité du futur sera caractérisée par une concurrence féroce entre les différents modèles inventés car ils deviennent un atout de la différenciation stratégique pour gagner la faveur des actionnaires, de la clientèle et des marchés. Globalement, le processus schumpétérien destruction/création reste le même, mais il s’accélère par le fait de causes nouvelles. L’exacerbation de la sélection due à l’apprentissage général de l’économie immatérielle et à la fin des « effets frontières » ont des conséquences mortifères sur les entreprises traditionnelles. Futuristic modelCela implique une remise en cause permanente, une capacité pour tous à se projeter dans le futur pour mieux s’y préparer, à utiliser les alliances constituées dans les réseaux pour imposer ensuite son modèle. De nouveaux modes de coopération stratégiques s’organisent le long d’infrastructures réseaux qui deviennent un enjeu clé de pouvoir en constituant de grands ensembles économiques. Les alliances renforcent la constitution de filières à l’intérieur desquelles les leaders tentent de contrôler et de resserrer leur emprise sur leurs différents partenaires. Il s’agit d’une véritable ingénierie agissant non plus sur les seules ressources internes de l’entreprise mais également sur un ensemble de facteurs externes. La différenciation rendue possible par la netéconomie ouvre la porte à une grande diversité de propositions adaptées à des contextes locaux, à des niches très pointues, à des marchés très spécifiques, à des besoins personnalisés. C’est la fin des modèles, et qui dit fin des modèles dit recherche d’autres façons de se distinguer les uns des autres, de s’adapter différemment aux des turbulences dues à l’économie de l’impatience. Tout en se protégeant mieux de l’instabilité chronique des systèmes modernes dans un contexte de concurrence internationale, les innovations organisationnelles vont être le moteur des gains de compétitivité un peu partout dans le monde. Ce qui peut se résumer ainsi : « Savoir imaginer le modèle le plus intelligent pour créer plus de richesses en consommant moins de ressources avec le moins d’efforts possibles… et en le vendant le plus cher possible ! » L’économie moderne met en pratique la formule selon laquelle il n’existe plus de modèle idéal, il n’existe que des modèles adaptés.

Décembre 2003 Denis Ettighoffer

 

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