ebg1Le modèle traditionnel du commerce en ligne ne cerne pas les courants d’affaires qui s’organisent de façon parfois très discrète sur le Net. Les services en ligne agissent puissamment pour modifier l’ensemble des chaînes de la valeur des entreprises et même les entreprises les plus expérimentées reconnaissent que nombre d’inconnues gagent encore les bénéfices envisagés. Pour tout dire, déjà en 1999, dans « e-Business Generation » (Village Mondial) nous étions convaincus que, face aux nombreuses incertitudes du marché et des comportements des cyber-consommateurs, les actionnaires des start-up d’un service en ligne n’ont pas plus d’espérance de rentabiliser leurs investissements que la petite entreprise ou l’individu. Enfin, nous ne croyions pas au retard de la France, ou de quiconque, en ce domaine. Ce qui compte, c’est de savoir si nous avons des leaders en nombre significatif en train d’explorer ces nouveaux modèles économiques. Internet ouvre de nouvelles niches pour la création d’activités en ligne. Il a la capacité fédératrice de solvabiliser des micro-besoins, des prestations qui, prises isolément, n’auraient jamais pu entrer dans le champ économique. Ce phénomène de catalyse de forces économiquement faibles, désigné sous le terme « d’économie d’atmosphère », est la particularité la plus remarquable du Net. Il donne vie à des espaces marchands complètement nouveaux, inimaginables autrefois. Les forces faibles de l’univers du cyberespace proposent des constructions économiques complètement improbables dans l’économie traditionnelle. En quittant un statut quasi confidentiel de services réservés à des privilégiés ou à quelques initiés, des entreprises peuvent vendre plus facilement des prestations dont la demande locale reste rare. Par exemple, l’analyse des agios payés par un individu ou une petite entreprise à sa banque. Lancer des services en ligne pour fédérer des diasporas de nationaux et favoriser les affaires de leurs ressortissants est en train de devenir banal, tout comme de proposer des services très pointus d’assistance à des internautes distants de milliers de kilomètres. Plus que de commerce électronique, il faut parler de réseaux d’affaires. Les centrales d’achats virtuelles vont renforcer encore la puissance et le poids des consommateurs par rapport à la production. Changement d’orientation des flux qui transforme les règles de la compétition, bouleversement des rapports de forces entre les acteurs, modification des seuils d’accès pour les producteurs de services entrants, diminution du coût de conversion pour les clients qui deviennent infidèles, nouveaux types de profits, tous les facteurs clés stratégiques du modèle de Porter ou de Mac Ferlan sont impliqués et chahutés par l’e.business dans des communautés virtuelles structurées par un intérêt et des valeur partagées. La rupture des modèles tient au fait qu’Internet représente un moyen économique pour vendre des services et des produits de si faible valeur qu’il n’aurait pas été possible de les vendre autrement. Le coût commercial étant dérisoire, tout un chacun peut se lancer dans l’aventure pour gagner quelques francs. La « Netéconomie » existe qui constitue un réservoir nouveau de création de richesses pour les cyberentrepreneurs dont on mesure encore mal les implications socio-économiques. L’aventure individuelle y devient possible, le chiffre d’affaires est un gain marginal mais complémentaire et les trocs de services permettent de limiter les échanges monétaires. C’est presque un gag d’apprendre que les animateurs d’American Fancy Rat and Mouse Association peuvent gagner un peu d’argent en vendant des documentations, des magazines, des livres, des tee-shirts consacrés aux rats et aux souris ! La question reste de savoir comment encourager l’émergence de ces dizaines de milliers de cyber-entrepreneurs pour lesquels le Net est un nouvel espace d’aventures marchandes ? Nous restons sur l’idée qu’il s’agit d’élaborer dans chaque région un portail spécialisé, un véritable incubateur virtuel soutenant les échanges d’expériences, l’accès à des services et des savoirs spécialisés. L’expérience du premier incubateur de ce genre, http://ebusinessgeneration.com ( aujourd’hui fermé) qui soutient la création d’entreprises et de services innovants en ligne reste une initiative de la Région Poitou-Charentes trop isolée démontrant s’il le fallait encore la difficulté pour les élus de comprendre pleinement les caractéristiques de la netéconomie.

Denis Ettighoffer Mai 2005

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