Si vous aviez la curiosité de taper « science fiction » sur le moteur de recherche de You tube, vous constateriez l’écrasante présence des anglo-saxons, américains largement en tête. Les émissions, les débats et les films sur la SF sont quasi permanentes qui préparent leurs sociétés aux évènements les plus étranges et les éduquent tout à la fois. En France, rien qui ne vaille ce qu’a été un temps l’émission « L’Avenir du Futur ».  On y sous estime l’intérêt culturel de la pensée spéculative qui accompagne toute hypothèse développée par de la vraie science, c’est à dire qui propose une interrogation sur ses applications possibles ou… impossibles. Nous préférons la condamnation systématique et peureuse de cette science du futur que nous craignons le plus souvent par ignorance.Dans les années 1950 John Brunner montre comment des hackers tiennent à distance des gouvernements corrompus dans « Sur l’Onde de Choc ». William Gibson dans les années 1970, démontre les risques d’être immergé complètement dans la simulation ou la RV (pour réalité virtuelle) avec « Neuromancien » Dés 1963, des années avant que ce soit connu du grand public, Arthur C. Clarke, scientifique et écrivain, décrit le premier voilier solaire en 1963 « Le Vent qui vient du Soleil » paru vingt ans plus tard, chez Press Pocket en 1983 en France. Avec « Dune », Frank Hébert, montre dès le début des années 1965 le travail de religieuses généticiennes. Quand je pense qu’Isaac Asimov a rédigé les premières lois sur la robotique avant même que ce mot ne soit connu du grand public ! Bien des scientifiques, comme Stephen Hawking, avouent avoir aimé les sciences après avoir été de bons lecteurs d’ouvrages de sciences fiction. Car la science fiction ne suit pas la science : elle la précède. Lorsque John Brunner, dans « Le troupeau Aveugle » nous apprend les mécanismes de la pollution et de l’empoisonnement des aliments dans le début des années 1975 ; il fait plus qu’un livre. Il nous alerte sur les dérives possibles de notre société de la consommation. Les rayons de la mort ont précédé de loin les applications des lasers. C’est si vrai, que de plus en plus d’organisations gouvernementales font appel aux auteurs de sciences fiction pour réfléchir sur des stratégies technologiques alternatives. Par exemple la NASA a bien utilisé ces spécialistes pour arriver à la conclusion qu’elle devait limiter les vols habités au bénéfice des vols robotisés. Les spécialistes de la spéculation scientifique sont d’accord. L’homme ne s’arrachera pas de sa boule de terre, sauf à profondément modifier sa morphologie et sa composition organique. Ce seront des robots qui feront le voyage et le travail.

Les plus grands savants ont cette capacité à prendre des chemins de traverse qui s’avèrent être parfois des voies de recherche prometteuses parce qu’ils ont accompli ce pas qui relie la science à la fiction pour aboutir à l’hypothèse fructueuse. Les auteurs de science fiction, les créatifs qui se projettent dans l’avenir, ont eux aussi le pouvoir de laisser vagabonder leur imaginaire au gré de leur fantaisie et de leurs centres d’intérêts. Les plus rigoureux d’entre eux font un travail de documentation et des réunions de travail approfondies avec des scientifiques de renom qui acceptent volontiers de se prêter au jeu de la validation de certains concepts scientifiques plus ou moins solides. Déjà, Jules Verne, qui voyageait peu, se documentait rigoureusement avant de se lancer dans l’écriture. En visitant le musée de Michel Ange chaque visiteur peut constater combien ce dernier a su marier l’imaginaire, le sens de l’observation scientifique et l’expérimentation et chacun peut comprendre pourquoi la spéculation incarne les saines exaltations de l’aventure scientifique et de l’imaginaire de l’humanité. Tel est l’ambition de « FuturHebdo, le magazine du futur probable ».

Dans «  La conquête du futur », Gary Hamel et C.K Prahalad, s’étonnent du peu de temps et d’attention que consacrent les cadres, dirigeants y compris, à préparer l’avenir de leur entreprise[1]. Ils aboutissent à ce chiffre surprenant que ces derniers dépensent moins de 3% de leur énergie à s’interroger sur une mise en perspective de ce qu’ils apprennent des transformations qui affectent leurs métiers, leurs entreprises et leurs écosystèmes. Les livres de sciences fiction et les reportages de prospectives comme le propose FuturHebdo ne sont pas un genre mineur, bien au contraire, alors que notre société est sous l’influence grandissante de machines à faire rêver. La « Guerre des étoiles » de nos écrans de cinéma en s’affranchissant des terribles contraintes temporelles du voyage dans l’espace n’offre rien qui nous incite à la compréhension de notre univers. Si vous lisiez régulièrement les travaux des prospectivistes, vous seriez plus malins, plus informés, plus imaginatifs pour évoquer des hypothèses surprenantes à priori. On parle beaucoup de « clonage » en ce moment. Combien ont lu les ouvrages de science fiction d’Herbert qui traitait dans les années 60 des dérives possibles de cette pratique scientifique controversée et qui prédisait le développement du  trafic d’organes dans les pays qui ont refusé le clonage thérapeutique. Une réalité aujourd’hui alors que le corps humain fait et fera l’objet d’expériences de plus en plus avancées dont parle abondamment Olivier Parent, fondateur de FuturHebdo, dans le « Corps en révolution ».  En humanisant la science, en participant à la vulgarisation des grandes idées scientifiques de leurs époques, en participant aux débats d’idées souvent difficiles et parfois invraisemblables, en la rapprochant de la vie de nos concitoyens, les prospectivistes sont pour moi les maîtres du monde. Pourquoi ? Parce qu’ils le façonnent et, en l’imaginant dans leurs travaux, lui donne déjà une première réalité qui pourra un jour devenir universelle.

[1] Gary Hamel et C.K Prahalad « La conquête du futur », Dunod 2001

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