Dans les relations entre les individus « le désir d’échanger » fonctionne un peu selon le même schéma subjectif lorsque nous parlons de troc ; Oui de troc. Par exemple, je vais suggérer une modification dans une procédure car je suis certain que si elle est acceptée, cela peut me faciliter le travail mais aussi me valoir des remarques flatteuses de la part de ma direction et de la plupart de mes collègues. Le bien être apporté à la collectivité me sera rendu sous la forme d’une considération supplémentaire. Même si notre propos est un peu idéalisé, le mécanisme est bien celui-là. Il faudra, bien sûr, en tirer parti lors de la mise en réseaux de la communauté professionnelle. Il s’agit en effet de la motivation première de l’individu face au collectif : échanger pour se valoriser.  La construction de l’échange ne s’établit pas sur la nature du vecteur, ni sur l’information à proprement parler, elle s’établit sur la base d’un échange « gagnant-gagnant » qui valide une expertise et donc l’utilité sociale et professionnelle d’un individu dans le groupe.

Robert Axelrod étudie le phénomène des stratégies « gagnant-gagnant » depuis des années, il aborde la coopération en démontrant l’intérêt de coopérer même en situation de concurrence ou de confrontation. Spécialiste en théorie des jeux, Robert Axelrod enseignait les sciences politiques à l’Université du Michigan (États-Unis). Après son premier livre américain The Evolution of Cooperation, datant de 1984 il a été traduit en français et édité en 1992 chez Odile Jacob sous le titre « Donnant-donnant » (titre qui me paraît plus pertinent que « gagnant/gagnant »). Un second ouvrage est sorti en 1996 sous le titre « Comment réussir dans un monde d’égoïstes » toujours chez Odile Jacob[1]. On ne peut que souhaiter voir ses thèses plus connues et appliquées dans les transactions relatives aux savoirs ou aux biens numériques coproduit et co-distribué dans les réseaux savants. Autre approche, celle d’une étude récente du CNRS publiée dans Nature qui montre que les comportements altruistes (qui viennent en aide aux autres) ne contredissent pas la théorie de Darwin. Celle-ci propose une compétition permanente qui voudrait que les égoïstes soient les grands gagnants de l’évolution. L’altruisme devrait logiquement entraîner, par sélection naturelle, l’élimination de l’individu trop « généreux ». Or, Minus Van Baalen et Vincent Jansen, respectivement de l’université de Londres et du CNRS, ont démontré que l’altruisme confère un avantage sélectif lorsque les individus concernés sont capables de se reconnaître entre eux. Baptisée « théorie des barbes vertes » pour en faciliter la compréhension, cette hypothèse postule que les altruistes se reconnaissent entre eux au moyen d’un signe distinctif, comme une « barbe verte » par exemple (une odeur, une molécule particulière…) et s’entraident ainsi exclusivement entre eux. J’ai rencontré cette attitude dans les réunions d’autodidactes et certaines ONG. Seul problème posé par les chercheurs : comment faire si des égoïstes se mettent à « tricher » en portant, à leur tour, une barbe verte pour se faire aider sans rien donner en échange ? Les deux chercheurs ont alors démontré que les altruistes sont capables de changer la couleur de leur barbe dès que les égoïstes deviennent trop abondants… et de déjouer ainsi le piège des égoïstes ! Cette thèse trouve son application chaque fois qu’un forum est envahi de trop de prédateurs ou de parasites. Ses membres actifs (les barbes vertes) migrent discrètement dans un autre forum tel un essaim qui s’installe sur un territoire plus propice en se débarrassant ainsi des importuns.

[1] On trouvera un ensemble de commentaires et d’explications des thèses d’Axelrod sur http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/axelrod.html

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