Vive l’ère du micro-business en ligne


Propos recueillis par Brigitte Dyan, L’Entreprise en Solo, Mai/Juin 99

Observateur attentif des nouvelles technologies, de leur impact sur les modes de vie et de travail, Denis Ettighoffer, consultant en organisation et management, s’apprête à publier une étude sur le commerce électronique. Et annonce l’avènement de la cyber-micro entreprise familiale.

Vous avez découvert dans votre étude une nouvelle espèce encore peu connue d’hommes et de femmes travaillant sur Internet ? , le vice-président des États-Unis, a résumé ainsi l’époque nouvelle dans laquelle entre notre économie : “Pratiquement n’importe qui, ayant une idée géniale, peut s’établir à son compte et devenir la boutique du coin pour la planète entière ». La distribution électronique vit sa propre révolution avec l’irruption de millions d’invités inattendus : les micro-entreprises en ligne. Le monde de l’Internet se remplit de “cyberoutards” qui viennent y faire la manche, d’individus qui fourmillent d’idées et tentent d’y faire fortune, de petites entreprises qui découvrent qu’il leur est possible de créer une multinationale individuelle, de familles qui y trouvent des compléments de revenus, ou plus simplement, un excellent prétexte pour courir le monde virtuel en attendant de le faire “pour de vrai”.

Pour créer sa boutique sur le Web, il faut pouvoir investir ? Pas nécessairement. Nous avons découvert et étudié sur Usenet des centaines de services de vente entre particuliers ou semi-professionnels. Ces activités, originales pour la plupart, s’exercent entre personnes ayant les mêmes centres d’intérêt, au travers des forums ou des messageries. Elles se développent dans des communautés virtuelles, entre des gens qui se font confiance, qui partagent langues et valeurs. Les achats en ligne sont aussi utilisés pour adhérer à des valeurs véhiculées par ces communautés. A l’exemple de cet ancien vendeur de nourriture pour animeaux qui draine sur son site “Animal Connection” tous ceux qui partagent sa passion pour les dauphins et en a fait son métier. La Toile permet à des millions de consommateurs d’accéder au commerce de “de personne à personne”. Faute d’avoir compris le besoin de personnalisation, nombre d’entreprises, notamment dans les services, voient leurs clients devenir infidèles. Or c’est là que se joue le succès des indépendants.

Ces micro-entreprises sont-elles rentables pour ceux qui les animent ? Oui, au regard du temps consacré, sans forcément dégager plus qu’un revenu d’appoint, c’est le cas de 75% des personnes que nous avons interrogées. Déjà une famille américaine sur quatre tente l’aventure du “small ou home business“. Le phénomène des micro-services en ligne ne manquera pas de se développer partout dans le monde. En 1998, le cercle des internautes comprenait 210 millions d’habitants, un nombre pratiquement multiplié par dix depuis 1995. Dans moins de 10 ans, ils représenteront l’équivalent des populations des Etats-Unis et de l’Europe réunies. Et ce sont les achats de moins de 10 dollars qui vont connaître une véritable croissance dans les vingt ans à venir. Cette révolution a surtout lieu sur Usenet, dans les réseaux de forums et de messageries. La Toile est en train de devenir, parfois au désespoir de ses inventeurs, le lieu du commerce international le plus fréquenté. D’où la difficulté que nous avons eue pour cette étude à distinguer l’exotique de l’emballage du sérieux de la prestation, l’idée géniale de l’arnaque. D’autant que les services qui marchent et qui rapportent à leurs inventeurs ne cherchent pas forcément à être célèbres. L’opportunisme est la règle. On essaie, ça marche ou ça ne marche pas. Pas de problème, on essaiera autre chose.

Est-ce que vous avez défini la recette des services qui se vendent bien ? Les clés de la réussite semblent assez simples : un produit ou un service qui apporte des “plus” significatifs, y compris dans le confort de l’acte d’achat, et qui répond à un réel besoin. On y ajoutera la capacité à travailler à l’international et à passer des accords de partenariat, associée à une démarche de promotion passant par Usenet. “Opportunisme avant efficacité”, cette formule du livre New rules for the new economy de Kevin Kelly, rédacteur en chef de Wired à San Francisco, illustre cette approche. Ces entrepreneurs opportunistes qui viennent faire des affaires sur l’Internet inventent parfois des propositions qui laissent perplexe. Vous y apprenez que la “BNP International Limited” ou “Cegetel Europe Limited” ou “Wanadoo International Limited” sont des sociétés à vendre. Le vendeur précise que ces compagnies domiciliées en Angleterre n’ont jamais eu d’activité et sont livrées clés en, main pour quelques centaines de livres. Bref, les surprises ne manquent pas ! L’une de mes intentions à l’issue de ce travail, c’est d’ouvrir au plus vite une “pépinière virtuelle” pour ces cyberentrepreneurs à l’affût de services plutôt que de conseils, avec le concours des universités et des écoles et le parrainage des collectivités et des grandes entreprises.

Et pour en savoir plus…

http://www.journaldunet.com/0309/030922ebizgeneration.shtml

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