L’américain Peter Attal avait deux caractéristiques, d’abord il était très riche, ensuite il refusait de mourir. En fait deux choses, nous le verrons, qui vont parfaitement ensemble. A l’instar de l’auteur du livre J. Dos Santos[1], il était persuadé que le premier terrien qui vivra mille ans était déjà né. Mais si l’écrivain jouait la fiction, notre milliardaire lui comptait bien faire partie des élus. A ce titre il investissait à tour de bras dans les laboratoires dont les chercheurs tentent de découvrir la formule magique qui aurait fait de lui, et quelques autres privilégiés, un Mathusalem moderne[2]. Pour Peter et ses semblables, un jour il existerait une pilule qui permettrait de reculer indéfiniment la dernière heure. Il est vrai que des découvertes essentielles commencent à sortir, abordant la vieillesse comme une maladie du corps que l’on pourrait tenir à distance.

J’écrivais plus avant que fortune et peur de mourir vont bien ensemble. Peter Attal semblait répondre parfaitement au portrait-robot que font tous les auteurs de science-fiction unanimes à faire le lien entre grand âge et fossilisation du monde. Une sorte d’arrêt sur image qui permet aux riches vieillards, grâce à la pilule magique, de continuer à amasser fortune et pouvoirs.

Pour la science dépasser les cent ans pour une majorité semble déjà atteignable mais dans quel état, a-t-on envie de dire. Diminuer la sénescence de nos cellules ne fait pas disparaitre les maladies mortelles et, ne l’oublions pas, la vieillesse maudite engendre des besoins d’assistance considérable. Une société même riche n’y résisterait pas. Imaginons un instant la durée de vie encore exceptionnelle d’un retraité plus que centenaire, multiplions cela par des dizaines de millions et imaginons un instant ses effets sur l’économie et la concentration des pouvoirs qui seraient tenus par des vieillards peu soucieux de laisser la place à la jeunesse et à ses audaces. Les livres de SF ont souvent abordé de façon le plus souvent marginale les aspects et les risques de la longévité offerte aux gens de pouvoir. La durée qui leur permet d’amasser les richesses au détriment des plus jeunes, de se constituer des patrimoines gigantesques qui leur assurent les moyens de préserver leur domination sur leurs concitoyens.

Partout dans le monde les dirigeants les plus intolérants sont des personnes âgées. Les femmes y sont écartées sans ménagement des cercles de pouvoir et les hommes qui tiennent les rênes s’y accrochent sans vouloir admettre leur obsolescence. Les cadres chinois à l’image de leur dirigeant Xi Jinping vieillissent sans se préoccuper de préparer la place aux générations qui les suivent. La dictature des mollahs un peu partout dans le monde musulman illustre jusqu’à la caricature les méfaits de ces hommes vieillissants qui répriment férocement leurs propres descendants, leurs enfants pour se maintenir au pouvoir, à la direction des affaires. Voyez la Tunisie dont l’économie et le dynamisme se sont effondrés. À 91 ans, le président tunisien Béji Caïd Essebsi était le gouvernant le plus âgé du monde[3]. Le président des États-Unis a un instant laissé penser qu’il se représenterait. Il avait 82 ans à la fin de son premier mandat.  Hier associés à la sagesse supposée de la vieillesse, aujourd’hui accrochés aux illusions d’un pouvoir sans avenir. Ces dirigeants éreintés par leur fonction qui, quoiqu’ils s’en défendent, n’ont plus la résistance suffisante pour guider une nation moderne. Certes le culte de la jeunesse ne doit pas servir de seule boussole, mais il n’est pas bien difficile de relier l’âge des dirigeants de la planète à la rigidité de sa gouvernance et des institutions en place.

Voilà en tout cas de quoi justifier une profonde méfiance vis-à-vis des recherches qui serviraient ces hommes qui ont l’argent et les moyens de s’emparer des ressources et des traitements destinés à les garder en vie longtemps. Il sera impossible d’offrir au « tout venants » une pilule de jeunesse supposée éternelle, seul les très riches, les « élus » aux affaires pourront en profiter, peut-être même de grands esprits, de grands savants. Ne nous leurrons pas, il est clair que les recherches sur le vieillissement doivent être consacrées à l’amélioration de l’état de santé des populations et pas réservées à l’élite comme nous le promettent les auteurs de Science-Fiction.

[1] Auteur de « Immortel » Éditeur – Hervé Chopin (2020)

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mathusalem

[3] https://www.24heures.ca/2020/11/19/un-ecart-de-34-ans-entre-le-plus-vieux-et-le-plus-jeune-dirigeant-du-monde

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A propos de l'auteur

Denis

Denis Ettighoffer, fana de science-fiction, auteur de « L’entreprise virtuelle », le livre qui l’a fait connaître en 1992 est un des spécialistes français reconnus dans l’étude projective de l’impact des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Ses contributions à la réflexion sur les évolutions des sociétés, des modèles économiques et organisationnels sont nombreuses. Sa spécificité réside dans sa capacité à analyser le présent, pour en extraire les orientations économiques et sociétales stratégiques pour les décennies à venir. Son parcours atypique aura forgé chez lui une pensée singulière. Son dernier livre, « Netbrain, planète numérique, les batailles des Nations savantes » (Dunod) a reçu le prix du livre du Club de l’Economie Numérique en 2008. Denis Ettighoffer un temps Membre correspondant de l’Académie de l’Intelligence économique collabore désormais avec l’équipe d’IDEFFIE (Développement de l’expertise française et francophone à l’international et en Europe ) .

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