Mourir dans la dignité…  En 2024 les Français obtenaient enfin ce que tous les autres pays européens avaient acquis depuis une décennie au moins : le droit de mourir dans la dignité. On mourrait mal en France. Malgré une immense majorité des citoyens favorables à décider de choisir sa fin de vie, les élus, curieusement les plus âgés, ont bloqué durant des années cette possibilité pour les Français, dont certains en souffrance absolue. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour eux alors que nous apprenons la dernière décision de la Conférence consultative populaire du Peuple chinois (CCPPC).

En Chine, étouffée par sa surpopulation vieillissante, ce n’est plus le droit à la fin de vie comme on l’accepte désormais un peu partout dans le monde, mais l’encouragement à mourir. Les ressources du pays n’arrivent plus à satisfaire les besoins de la population d’un peu moins de deux milliards d’individus. Les émeutes de la faim des années 2049/2050, la surreprésentation des plus de 75 ans, leur poids improductif dans l’économie, auront poussé les autorités chinoises à encourager les personnes âgées à abréger leur existence. La communication gouvernementale met en évidence la souffrance imposée à leur entourage, l’importance de soulager leur poids sur l’économie du pays tout en permettant à leur famille de recevoir une compensation sous la forme d’une prime substantielle de la part du Parti : un héritage de la mort volontaire.

Comme il fallait s’y attendre quelques bonnes âmes se sont indignées d’une telle décision, oublieuses que certains pays, certaines sociétés n’ont pas la même vision que nous de la fin de vie, de la mort. Le droit de mourir dans la dignité a, chez nombre d’entre-eux, une importance capitale mais aussi pour leur entourage. En faisant preuve de solidarité avec le monde des vivants, leur départ volontaire libère leur famille d’un poids qui peut être insupportable tout en améliorant leur situation économique et sociale. Selon le CCPPC leurs noms seraient honorés et signalés dans les tablettes du « crédit social » de leurs descendants. Leurs familles obtiendraient un maximum de points dans l’échelle des vertus socialistes, les erreurs de leurs membres effacées en plus d’une somme d’argent qu’elles recevraient en héritage.

Les citoyens du monde entier observent avec horreur l’offre de la République Populaire de Chine à ses concitoyens. Mais certains, à voix basse, s’interrogent de savoir s’il n’y a pas là une voie à envisager pour faire face aux problèmes démographiques d’une société de plus en plus malthusienne. Personne ne peut ignorer le problème posé de l’épuisement des ressources naturelles pour satisfaire les besoins de presque 8 milliards de terriens dont un tiers de personnes âgées, pour faire face aux coûts des maladies dues à une pollution croissante, aux variations climatiques violentes. Plus personne ne peut l’ignorer, la presse rappelle sans détour le film de Richard Fleischer « Soleil Vert » sorti en 1973, inspiré du roman de l’écrivain américain Harry Harrison. L’auteur y aborde ouvertement l’incitation à l’euthanasie volontaire pour échapper à une vie devenue insupportable. L’occasion aussi de retrouver dans ses derniers instants, grâce à un métavers, ce qu’était notre planète verte des décennies précédentes. Un silence d’effroi glace nos continents. Allons-nous devoir, nous aussi, vendre notre mort ?

Paris – 2055

Précédent

Digital Life is the must

Suivant

Les PME en réseau : un nouvel enjeu de la performance globale

A propos de l'auteur

Denis

Denis Ettighoffer, fana de science-fiction, auteur de « L’entreprise virtuelle », le livre qui l’a fait connaître en 1992 est un des spécialistes français reconnus dans l’étude projective de l’impact des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Ses contributions à la réflexion sur les évolutions des sociétés, des modèles économiques et organisationnels sont nombreuses. Sa spécificité réside dans sa capacité à analyser le présent, pour en extraire les orientations économiques et sociétales stratégiques pour les décennies à venir. Son parcours atypique aura forgé chez lui une pensée singulière. Son dernier livre, « Netbrain, planète numérique, les batailles des Nations savantes » (Dunod) a reçu le prix du livre du Club de l’Economie Numérique en 2008. Denis Ettighoffer un temps Membre correspondant de l’Académie de l’Intelligence économique collabore désormais avec l’équipe d’IDEFFIE (Développement de l’expertise française et francophone à l’international et en Europe ) .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 × un =

Voir aussi

4 + 12 =