Dans le cybermonde vivent de façon autonome des milliards d’avatars, incarnations d’individus parfois décédés depuis des années. L’utilisation de l’ADN comme support de stockage de notre identité numérique n’est plus une curiosité expérimentale. A l’identique des blogs ou des sites abandonnés, des entités numériques désormais orphelines continuent à circuler dans le cyberespace. Des avatars dont des « pickpockets » d’un nouveau genre font leur miel en fracturant et disséquant les mémoires de ces entités numériques souvent mal protégées. Ces nombreux avatars abandonnés par leurs propriétaires font l’objet d’une chasse spécialisée hors de tout cadre juridique. Les données collectées sans autorisations sont vendues impunément à des entreprises faute de représentant légal pouvant s’opposer à leur exploitation. Les entreprises incriminées jouent sur les différentes législations territoriales surtout américaines très laxistes en la matière. Marcelline Franklin, en charge de la Concurrence et du Numérique de la Commission Européenne se bat pour contrer le caractère intrusif des techniques modernes et tente d’en réguler les excès comme le piratage des données des avatars. Un problème brulant encore mal cerné et dangereux pour la protection des doubles numériques en forte augmentation[1].

Depuis des années, des points de vue, des débats plus ou moins objectifs, se multiplient relativement à la protection des données personnelles, leurs localisations, la nature des informations collectées, la durée et la fiabilité (souvent mauvaises !) des données recueillies et bien évidement le caractère intrusif des applications en mesure de soustraire ces données personnelles et confidentielles pour des applications marchandes ou politiques. Le sujet a été chaque fois abordé avec l’idée de la création d’un réseau européen protégé. Pas grand monde n’est convaincu par cette ligne Maginot du numérique. De plus en plus nombreux sont ceux pour qui la solution n’est pas dans le réseau mais dans la protection de l’ADN du « double numérique » dans une blockchain. Elle serait constituée de plusieurs couches de composants, de données, décrivant l’individu et ses constituants : naissance, origine, formation, compétences, mode de vie, consommation etc. On y retrouverait l’ensemble des biens immatériels propre à chaque personne pour qu’ils soient protégés par le droit selon les choix des ayants droits et qui seraient disponibles, ouverts ou non, selon les sollicitations acceptées et selon un niveau d’accréditation plus ou moins élaboré[2]. Bien sûr, nous pensons à une blockchain conçue et normalisée au niveau européen. Cette technologie permettrait aux utilisateurs, propriétaires de leurs doubles numériques, de garder le contrôle de leurs données personnelles, les laissant libres de les négocier ou pas mais aussi de se protéger des appétits des GAFA en rendant impossible leur fracturation par des tiers non autorisés.

L’affaire devient urgente. Les grands opérateurs américains travaillent sur le sujet d’une blockchain, un ADN numérique qui pourrait renforcer leurs positions hégémoniques en matière de propriété intellectuelle cette fois et leur permettre de se constituer des pouvoirs d’investigation exclusifs sur ces « blocs numériques » identitaires qui échapperaient aux législations européennes. Pour l’immédiat leurs équipes tentent de s’emparer des applications des blockchains dans les domaines de la finance (crypto-monnaie), de la banque (sécurité des transactions) et des échanges d’informations sur les composants industriels (propriété intellectuelle) ; la blockchain du citoyen est déjà dans les éprouvettes de certaines équipes de recherche. Si elle n’est pas encore vraiment développée la raison en est bien simple : pas rentable… pour l’immédiat ! Les européens ont encore le temps de s’y préparer… mais pas trop !

Ettighoffer C. Denis. Janvier 2035

[1] https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/data-comment-construit-identite-ligne/

[2] Avec la possibilité pour les autorités judiciaires d’autoriser une perquisition à l’intérieur de la blockchain ou double virtuel.

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A propos de l'auteur

Denis

Denis Ettighoffer, fana de science-fiction, auteur de « L’entreprise virtuelle », le livre qui l’a fait connaître en 1992 est un des spécialistes français reconnus dans l’étude projective de l’impact des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Ses contributions à la réflexion sur les évolutions des sociétés, des modèles économiques et organisationnels sont nombreuses. Sa spécificité réside dans sa capacité à analyser le présent, pour en extraire les orientations économiques et sociétales stratégiques pour les décennies à venir. Son parcours atypique aura forgé chez lui une pensée singulière. Son dernier livre, « Netbrain, planète numérique, les batailles des Nations savantes » (Dunod) a reçu le prix du livre du Club de l’Economie Numérique en 2008. Denis Ettighoffer un temps Membre correspondant de l’Académie de l’Intelligence économique collabore désormais avec l’équipe d’IDEFFIE (Développement de l’expertise française et francophone à l’international et en Europe ) .

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